En 1850, la banlieue parisienne ignore qu'une vague de constructions va bientôt modifier sa physionomie. Et pourtant, la révolution industrielle est en marche, l'exode rural a commencé, Paris et ses faubourgs ne suffisent plus à loger tous les Parisiens. Les travaux haussmaniens (1852) chassent le « petit peuple » de Paris. Il faut rapidement accroître les capacités de logements en Île-de-France. Avec la mise en service des lignes de chemin de fer Bastille-La Varenne et Paris-Mulhouse, la capitale se rapproche de sa banlieue. Comme toutes ses voisines de l'Est parisien, la ville de Nogent-sur-Marne profite de ces changements, sa mutation commence.
Avec une nature encore préservée, elle a toutes les caractéristiques de l'ensemble urbain qu'on a qualifié de « Banlieues vertes ». L'habitation y est essentiellement pavillonnaire, avec pour attrait et particularité d'être située à proximité de la Marne. Les guinguettes et les fêtes nautiques s'installent au bord de l'eau. Nogent devient un lieu de détente où l'on part se divertir le week-end. La clientèle parisienne se fait construire des pavillons de villégiature. Poussés par les innovations techniques de l'ère industrielle et le vent de renouveau artistique qui souffle sur l'Europe, les architectes nogentais laissent libre cours à leurs fantaisies pour concevoir ces villas de banlieue ; ils l'osent d'autant plus que Nogent est un lieu où le loisir règne en maître (cinémas, casinos, guinguettes, bains, sports nautiques, etc.). Toutes les conditions sont réunies pour voir émerger une architecture libérée de la rigidité haussmanienne à quelques kilomètres de la capitale. En province, Nancy a initié cette révolution culturelle depuis déjà plusieurs années. Paris, marqué par le néoclassicisme, doit attendre Hector Guimard pour qu'une nouvelle impulsion artistique souffle sur ses immeubles.
C'est dans ce contexte que l'Art nouveau (ou Modern style) fait son apparition dans la banlieue est. Influencés par l'Art nouveau puis dans les années 1930, par l'Art déco, les architectes redessinent Nogent-sur-Marne. Certains, comme les Nachbaur réalisent la quasi-totalité de leurs créations à Nogent même. Le modèle antique greco-romain n'est plus de mise. Il faut s'inspirer de la nature et allier l'utile à l'agréable. Les motifs végétaux, décors en ferronnerie ou céramiques colorées fleurissent. Les architectes composent avec les mêmes matériaux, les formes se répondent d'un bâtiment à l'autre : l'homogénéité de leur réalisation n'est pas le fruit du hasard. Ils vont peu à peu réaliser un ensemble unique allant des constructions les plus simples aux pavillons les plus raffinés. Elles font de Nogent-sur-Marne une ville harmonieuse dont le charme reste à redécouvrir et à protéger.